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Annaelle Piva

Pour sa contribution à la compréhension des dynamiques entourant l’itinérance des personnes migrantes et les éléments contribuant à leur sortie de la rue, Annaelle Piva reçoit le prix Élan – thèse de doctorat de l’année en Société et culture.

Prix Élan – thèse de doctorat de l’année en Société et culture

La Faculté des études supérieures et postdoctorales et le Vice-rectorat à la recherche, à la création et à l’innovation de l’Université Laval reconnaissent par le prix Élan la qualité exceptionnelle de la recherche doctorale et récompensent l’étudiante ou l’étudiant qui a produit une thèse d’exception dans chacun des trois secteurs de recherche suivants : Nature et technologies, Santé et Société et culture. 

Annaelle Piva, donner une voix à l’errance

Dans un contexte de durcissement des politiques migratoires et de crise du logement et de l’hébergement, de nombreux migrants sont contraints de vivre à la rue, en campement ou en squat. Cette présence grandissante de personnes en quête de statut, de sécurité et d’un lieu où reconstruire leur vie soulève de nombreuses questions. Comment la ville conditionne-t-elle l’errance des exilés ? Comment l’errance des exilés transforme-t-elle la ville ? Avec sa thèse en géographie intitulée « De l’exil à l’errance : la présence des exilés dans les espaces urbains de Paris et de Rome entre autonomie et contrôle », sous la direction de Danièle Bélanger de l’Université Laval et de Nadine Cattan de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Annaelle Piva dresse un état des lieux et offre des pistes de solution pour améliorer l’accueil des migrants.

Entre 2018 et 2021, Annaelle Piva a mené une vaste enquête ethnographique à Paris et à Rome, deux villes marquées par la multiplication de campements informels. Elle s’immerge dans ces environnements mouvants – squats, campements, friches, lieux d’hébergement institutionnels ou associatifs – pour documenter de l’intérieur les trajectoires, les stratégies de survie et les expériences quotidiennes de celles et ceux qui vivent à la marge des sociétés.

Contrairement aux représentations qui conçoivent l’itinérance comme une dérive spatiale ou une errance sans ancrage, sa recherche montre que la réalité est tout autre. L’itinérance des personnes migrantes résulte d’une tension constante entre deux forces : l’autonomie des personnes exilées, qui cherchent à habiter la ville, à circuler et à maintenir des réseaux relationnels, et les dispositifs de contrôle (policiers, humanitaires ou administratifs) qui restreignent leurs déambulations, les déplacent ou les invisibilisent.

Au fil de son enquête, Annaelle Piva met au jour le rôle central des réseaux sociaux informels comme infrastructures essentielles de survie et parfois de sortie de la rue. Ces liens, souvent précaires, mais indispensables, s’étendent bien au-delà des campements et constituent des ancrages. Sa thèse éclaire également la manière dont les politiques publiques et urbaines cherchent à permettre ou à empêcher la visibilité de ces populations, et comment les associations, collectifs citoyens et migrants mobilisés transforment le campement en objet politique, révélateur des limites des régulations actuelles.

Nourris par ses études en sciences politiques et en études internationales, à l’intersection, de la géographie urbaine, de l’aménagement du territoire et des études migratoires, les travaux d’Annaelle Piva apportent une contribution scientifique et sociale majeure. Danièle Bélanger souligne que « cette thèse d’exception offre des pistes pour des politiques urbaines plus inclusives, fondées sur l’expérience vécue des personnes en situation d’itinérance. Elle renforce la compréhension des contextes migratoires auprès des personnes professionnelles de l’aide et invite à transformer le regard porté sur l’errance en dépassant les lectures victimisantes ou criminalisantes pour en exposer les déterminants structurels, notamment les politiques migratoires et du logement. »

Par la rigueur de sa démarche et la finesse de son regard, Annaelle Piva offre une analyse indispensable pour comprendre et relever les défis croissants liés à un accueil dans la dignité des personnes migrantes. Elle poursuit en ce sens ses travaux comme chercheuse postdoctorale au sein du Laboratoire d’Excellence « Dynamiques Territoriales et Spatiales » de l’UMR Géographie-cités affilié au CNRS à Paris, où elle étudie les réseaux sociaux réels et virtuels impliqués dans le parrainage informel de réfugiés afghans en France.

Pour lire la thèse primée

Piva, Annaelle. (2025) De l’exil à l’errance : la présence des exilés dans les espaces urbains de Paris et de Rome entre autonomie et contrôle. [Thèse de doctorat, Université Laval]. Corpus.