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Louise Langevin

Spécialiste des théories féministes appliquées au droit, Louise Langevin reçoit le prix Fondation – carrière en recherche, secteur Société et culture, pour célébrer l’ampleur de ses réalisations favorisant une justice réellement égalitaire.

Prix Fondation – Carrière en recherche, secteur Société et culture

Le prix Fondation des Prix d’excellence en recherche, création et innovation de l’Université Laval reconnaît l’apport majeur d’une personne membre du corps professoral à la recherche. Cette personne incarne la définition de l’excellence en recherche dans le secteur Société et culture, elle est une véritable fondation d’où s’élèvent de nouveaux savoirs. 

Louise Langevin, rendre le droit réellement égalitaire

Le droit est un lieu de pouvoir. Louise Langevin est bien placée pour le savoir. Professeure titulaire à la Faculté de droit et avocate depuis plus de 30 ans, elle a tenté de résoudre par ses recherches des questions fondamentales : Comment rendre la société québécoise réellement égalitaire entre les hommes et les femmes? Comment améliorer le droit et le système de justice afin qu’il protège les femmes sans les contrôler

Formée à l’Université de Berkeley à une époque où le mouvement féministe était en pleine effervescence, Louise Langevin revient au Québec animée par une conviction : le droit peut reproduire des violences et des stéréotypes, mais il peut aussi devenir un levier pour les combattre. C’est dans ce contexte qu’elle établit sa carrière comme professeure à la Faculté de droit de l’Université Laval en 1991. 

Étudiant à la fois le droit civil et la common law, Louise Langevin a placé les questions concernant la vie intime des femmes au centre de son programme de recherche et d’enseignement. Elle s’est notamment imposée comme une voix importante sur la question du droit à l’autonomie procréative des femmes. Son ouvrage Le droit à l’autonomie procréative des femmes : entre liberté et contrainte a reçu le Prix du Concours juridique 2021 de la Fondation du Barreau du Québec. Sa réédition en 2026 confirme son statut de référence. Le livre de plus de 500 pages analyse trois grands thèmes liés à la procréation : la maternité évitée ou reportée, notamment l’encadrement juridique de la contraception et de l’avortement; la maternité fragmentée (congélation des ovules, don d’ovules, fécondation in vitro et grossesse pour autrui); et la maternité portée à terme, qui aborde la surveillance et le contrôle de la femme enceinte et parturiente. «Mes recherches démontrent que les progrès juridiques des femmes sont rarement linéaires et acquis une fois pour toutes. Ils se manifestent plutôt par des avancées suivies de nombreux reculs et piétinements. Le projet de loi 1 ou Loi constitutionnelle, qui voulait protéger le droit à l’avortement, nous rappelle justement comment une loi peut indirectement menacer des droits qu’on croyait acquis », explique Louise Langevin. 

La juriste s’est également intéressée aux réticences du droit dans l’indemnisation des femmes victimes de violence intime. Sa monographie L’indemnisation des victimes de violence sexuelle et conjugale a reçu le Prix Walter Owen 2014 de l’Association du Barreau canadien et a été rééditée et également traduite en anglais. De plus, des dizaines d’articles scientifiques et deux comparutions à des commissions parlementaires sur ce sujet ont entre autres outillé les tribunaux pour mieux protéger les femmes à un moment de grande vulnérabilité. 

Une autre sphère de la carrière de Louise Langevin s’articule autour de la protection juridique des conjointes de fait. Elle a dénoncé le peu de protection juridique de ces dernières lors de la rupture conjugale. La liberté de choix des conjointes demeure très théorique alors qu’elles ne peuvent pas toujours négocier d’égale à égal une entente de vie commune avec leur conjoint. 

Celle qui a également été titulaire de la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, savoirs et société sur la condition des femmes et de la Chaire de recherche Antoine-Turmel sur la protection juridique des aînés  n’a jamais hésité à sortir des murs de l’université. Formatrice, experte média sollicitée plus de cinquante fois par an, conseillère auprès de parlementaires, elle assume une posture publique rare, faisant circuler un regard féministe dans des espaces où il demeure souvent fragile. Son engagement social a notamment été reconnu par le Mérite Christine-Tourigny 2010, décerné par le Barreau du Québec. 

« Par ses multiples réalisations, Louise Langevin a fait la preuve avec conviction et courage qu’il était possible d’allier rigueur universitaire et perspective critique, afin de faire du droit un levier de changement social en faveur d’une société plus égalitaire pour les femmes », souligne Alexandre Stylios, doyen de la Faculté de droit. L’héritage de Louise Langevin se lit aujourd’hui dans les textes de loi, les décisions des tribunaux et les générations de juristes qu’elle a formées. Une contribution qui l’inscrit aujourd’hui parmi les grandes figures du droit des femmes au Québec.