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Jean-Frédéric Morin

Expert en gouvernance mondiale, Jean-Frédéric Morin reçoit le prix Lumière – Société et culture pour sa contribution exceptionnelle à la compréhension des dynamiques renforçant les accords environnementaux.

Prix Lumière – Contribution exceptionnelle en Société et culture

Le prix Lumière des Prix d’excellence en recherche, création et innovation de l’Université Laval souligne une contribution exceptionnelle en recherche qui a projeté un éclairage nouveau sur un sujet précis ou plus largement sur le champ d’études. Cette contribution peut être une avancée, une réalisation, une découverte ou une percée dont les retombées ont eu un impact majeur au sein de la discipline et de ses pratiques. 

Jean-Frédéric Morin, quand le commerce ravive l’ambition climatique

Conclure des traités efficaces est essentiel pour faire face à la crise climatique. Pourtant, les accords environnementaux actuels s’avèrent décevants. Les négociateurs sont confrontés à un dilemme : viser des obligations ambitieuses, mais peu fédératrices, ou des obligations faibles, mais consensuelles. Comment sortir de cette impasse?

Cette question intéresse Jean-Frédéric Morin , professeur titulaire au Département de science politique de la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval. Avec son équipe, il a constitué la Base de données sur les accords environnementaux internationaux , la plus exhaustive du domaine. Elle collige des informations détaillées sur 2097 accords conclus depuis 1945, portant sur des enjeux environnementaux allant de la déforestation aux pêcheries, en passant par les déchets dangereux. Cette tâche titanesque de collecte et d’analyse a impliqué de dizaines d’auxiliaires de recherche et d’étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs pendant cinq ans.

En s’appuyant sur ces données, Jean-Frédéric Morin et son équipe ont mené une analyse des flux commerciaux bilatéraux entre 150 pays de 1984 à 2017, montrant que les traités environnementaux comportant des clauses commerciales stimulent les échanges entre signataires. Publiée dans la prestigieuse revue Review of International Organizations, cette étude marque une avancée importante dans la compréhension des interactions entre politiques environnementales et dynamiques commerciales. 

Un deuxième article, publié dans International Studies Quarterly, analyse les effets politiques de ces mécanismes. Les résultats montrent que les traités intégrant des clauses commerciales sont non seulement plus susceptibles d’attirer de nouveaux États, mais sont aussi plus souvent révisés afin de renforcer la protection environnementale. Ensemble, ces deux publications étayent l’argument théorique du professeur Morin : les incitatifs commerciaux favorisent à la fois la participation et l’ambition collective en matière d’environnement.

Ces travaux ont été salués par Québec Science comme l’une des dix découvertes majeures de 2025 , et la seule provenant des sciences sociales. Jean-Frédéric Morin est le premier à avoir testé empiriquement le concept de «clubs climatiques» entre États, pour lequel l’économiste W. Nordhaus a reçu un prix Nobel en 2018. Les recherches de Jean-Frédéric Morin ouvrent ainsi la voie à une nouvelle génération de traités : à la fois ambitieux, attractifs et adaptatifs. Depuis la diffusion de ces études, plus de 1300 utilisateurs par semaine consultent la base de données des traités, dont des négociateurs internationaux, qui s’y appuient désormais pour concevoir des accords plus robustes. 

La doyenne de la Faculté des sciences sociales, Aurélie Campana, souligne l’audace intellectuelle de cette contribution. «Alors que les expertes et experts en recherche, les médias et les décideuses et décideurs concentrent leur attention sur l’Accord de Paris et les COP, Jean-Frédéric Morin explore les milliers d’accords environnementaux méconnus dont l’effet cumulé peut dépasser celui des grands instruments multilatéraux, aujourd’hui contestés par plusieurs États. En s’aventurant dans ces zones d’ombre ignorées, mais structurant l’action climatique, il renouvelle en profondeur notre compréhension de la gouvernance environnementale mondiale.» 

Interdisciplinaire, international et profondément ancré dans la réalité des politiques publiques, le travail de Jean-Frédéric Morin offre une contribution exceptionnelle pour un monde qui a besoin d’innovation politique.

Pour lire les articles formant la contribution exceptionnelle

Morin, Jean-Frédéric, Clara Brandi and Jakob Schwab (2024) Environmental Agreements as Clubs: Evidence from a New Dataset of Trade Provisions . Review of International Organizations, vol. 19: 33–62.

Morin, Jean-Frédéric, Noémie Laurens, Clara Brandi et Jakob Schwab (2025) Using Trade Provisions to Make Environmental Agreements More Dynamic . International Studies Quarterly. 69(1)